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    FFF #04 - Trois contre 17

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    Texou31
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    Messages : 11
    Date d'inscription : 29/03/2018

    FFF #04 - Trois contre 17

    Message  Texou31 le Ven 27 Avr 2018 - 5:15

    Le narrateur avait la gorge sèche. Il demanda poliment une pause dans son récit avant de continuer. Les gens, déçus, s'écartèrent pour le laisser s'avancer vers le comptoir pour chercher de quoi se désaltérer. Une fois à la hauteur du tenancier, il demanda s'il n'avait rien de plus exotique comme boisson. Le tavernier lui fit alors une longue liste de tout ses alcools :

    << De la bière humaine et naine, du vin humain, de la vodka en importation de la mine naine de Byrn, de l'arack du Désert Blanc, du quetsche gnome, du classique hydromel, de l'oloroso, du glayva nordique, du sabra, quelques cognacs, du byrrh elfique et j'ai pas fini...>>

       Devant ce choix inattendu, le narrateur mit beaucoup de temps à se décider. C'était à croire qu'il ne voulait pas reprendre son récit ou qu'il prenait plaisir à faire s'impatienter le public. Il mit encore plus de temps à régler sa consommation.
    À la vue de l'engouement qu'il avait suscité dans la taverne, il essaya de marchander son verre d’arack. Le tavernier ne voyait pas tout cela d'un bon œil. Un débat commença :

           << Cher tavernier, faite- moi donc une petite remise.
    Non.
    J'anime votre échoppe. J'ai même réussi à vous faire venir de nouveaux clients.
    Non.
    Mais ne voyez-vous pas ces personnes qui affluent en ce moment ? Elles ont été prévenues par quelqu'un dans le public et viennent me voir. Je vous ai fait une sacrée publicité. Ça mérite bien une réduction.
    Non.
    Vraiment ? Même une toute petite ?
    Non.
    Et si je vous disais que je pourrais bien revenir demain et conter une autre histoire; que cette affluence pourra être au rendez-vous le prochain soir aussi... Ça ne vous tente pas ?
    Non.
    Vous êtes sans espoir.
    Non. >>

       Soudain, un homme accoudé au bar s'exclama et prit position en faveur du conteur :

    << Sérieusement tavernier ?! Vous ne pouvez pas faire une minuscule réduction à celui qui vous a ramené une dizaine de nouveaux clients ? N'avez-vous pas honte ? Cet homme anime une histoire sans pareille et vous fait de la publicité gratuitement. Il fait partie de ceux qui donnent sans arrière-pensée. De ceux qui font passer les autres avant eux-mêmes. Mais tous ces efforts sont vains s'il y a des gens malhonnêtes qui exploitent leur gentillesse. Et oui Monsieur, je parle de vous ! Vous devriez avoir honte. Honte de ne pas reconnaître les offres que l'on vous fait. Honte de ne pas récompenser quelqu'un qui demande si peu. Honte d'être aussi près de vos écus et non du cœur et de la générosité. À vrai dire, vous me dégoûtez. Vous n'êtes plus un homme à mes yeux, mais un rat.
    Mais heu...
    Non Monsieur, je n'ai pas fini. Ce cher conteur n'est pas sans le sou. Il recherche juste un peu de reconnaissance. Et vous ! Vous devez reconnaître ses efforts et les récompenser. Vous ne devez pas être généreux de lui donner une réduction. Vous devez lui offrir sa prochaine commande car vous lui êtes redevable. S'il vous demande une réduction, vous n'avez pas le droit de dire non. Et lorsque vous faites ainsi, vous écorchez son honneur.
    Ne vous énervez pas...
    Si je m'énerve. Je m'énerve car des gens comme vous existent et exploitent les autres. Et donc j'exige que vous lui offriez sa commande maintenant !
    Mais...
    Non, pas de mais. Maintenant. >>

       Le tavernier se tourna vers le narrateur et lui fit un signe de la tête, signifiant qu'il n'aurait pas à payer sa boisson. Ce dernier se tourna vers l'homme qui l'avait aidé et lui donna assez d'or pour un repas. Sans se retourner, le conteur retourna au centre de la taverne. Un silence s'installa et l'histoire reprit.

    << Où nous étions-nous arrêtés ? Ah mais oui, bien sûr. Evin Etalyon et Aurora CéIeste étaient enfermés dans une église. Des villageois au comportement étrange faisaient du bruit au dehors. Et personne ne savait où était un personnage qui était resté passif pour l'instant : cachée dans l'ombre, Héléna guettait.
       Malgré son tempérament de paladin, Evin commençait à s'agiter et à rouspéter. Il n'était bloqué que par une simple porte en bois; mais le fait d'être dans un lieu saint lui interdisait toute forme de violence. Cela l'énervait au plus haut point; mais, encore une fois, ce lieu saint l’empêchait de jurer et de laisser s'exprimer sa rage. Il arpentait la nef d'un paf vif et tout aussi rapidement que la veine qui battait à sa tempe. Aurora, quant à elle, était en train de prier en silence, le moindre bruit la faisant sursauter.
       Ils avaient fouillé toutes les issues possibles : les autres portes étaient barricadées, l'escalier menant à l'étage s'était écroulé et aucun mur n'affichait de faiblesse suffisante pour créer un passage. Tout ce qu'ils avaient trouvé était un étroit passage vers une minuscule crypte contenant deux tombes aux noms effacés par le temps. En somme, ils étaient piégés par l'impossibilité d'Evin à casser les portes d'un lieu saint.
       Pendant ce temps, Héléna espionnait les villageois qui semblaient préparer un grand feu de joie devant l'église. Ce qu'elle redoutait le plus se préparait devant ses yeux. Mais elle avait un plan pour y mettre un terme. Elle espérait juste une action de la part des deux prisonniers avant de se lancer. Elle avait vu que l'un des deux portait une armure et une épée longue. Il devrait savoir se battre. Mais pourquoi ne sortaient-ils pas ? La porte n'était bloquée que par une poutre moisie. Ils devaient se préparer à l'intérieur à recevoir des visiteurs. Elle ne pouvait qu'attendre.
       La nuit tomba et les villageois allumèrent le large feu sur la place de l'église. Ils avaient préparé des pieux et les avaient disposés en demi-cercle devant l'entrée du lieu saint. Les prisonniers ne pourraient sortir que par un étroit passage en face de la porte. Cependant, trois villageois armés de piques et de fourches bloquaient la voie. Leur plan était simple, ne pas permettre la fuite aux occupants de l'église et pouvoir y rentrer en cas de besoin.
       Mais nos protagonistes se sont préparés. Evin attendait le moment où la porte s’ouvrirait pour charger. Aurora, qui ne souhaitait pas vraiment être en première ligne, continua de prier et d'appliquer des bénédictions. Héléna a eu beaucoup plus de travail. Après un repérage des alentours, elle a préparé un plan d'action et a organisé son environnement à son avantage. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas préparé une traque pour humains. C'est, d'après ce qu'elle m'a dit, beaucoup plus simple que pour des animaux.
       Postée sur un toit, elle attendait que les portes de l'église s'ouvrent. Une flèche dans une main et son arc dans l'autre, elle s'accorda un dernier rite avant le combat. Elle remercia le don d'un circaète pour ses plumes qui ornent maintenant ses flèches. Elle remercia aussi l'orme de sa ville natale dont une ramure compose aujourd'hui son arc. Elle remercia enfin sa première proie : un loup gris. Son cuir est à présent sous forme de lanières autour du manche de sa dague et de son arc. Elle attendit, immobile, que les villageois lancent les festivités.
    Je ne vous ai pas encore expliqué les motivations de ces villageois. Ils étaient frappés de famine. Cela faisait des années qu’ils n'avaient plus de bétail. Leurs champs avaient attrapé une maladie et plus rien ne poussait. Une chasse intensive vida les forêts des alentours. La rivière toute proche ne permettait pas une pêche assez conséquente. Ils ne vivaient plus que des petites choses qu'ils trouvaient dans les alentours. Et les voyageurs faisaient partie de ces petites choses. Evin et Aurora devaient s'enfuir pour ne pas finir en repas.
       Au milieu de la nuit, un villageois tira une corde nouée autour de la poutre bloquant la porte de l'église. Les portes s'ouvrirent. Evin sortit sur le seuil du lieu saint, l'épée en dehors du fourreau, prêt à se battre. Devant lui, 17 hommes l'attendaient. Deux d'entre eux se tenaient dans le demi-cercle de pieux, armés d'épées. L'un leva le bras et ouvrit la bouche pour demander à Evin de déposer les armes. Mais il n'eut pas le temps de prononcer quoi que ce soit car une flèche avait déjà traversé sa gorge. Héléna, debout sur un bâtiment voisin, fit pleuvoir deux autres flèches sur la foule, tuant à chaque fois. La panique de cette attaque surprise fut de courte durée. Huit hommes partirent vers la chasseuse tandis que le reste entreprit d’abattre Evin. Je ne sais pas lequel de ces deux groupes fut le plus malchanceux... >>

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      La date/heure actuelle est Mar 17 Juil 2018 - 13:38